L’espace des peintres au cinéma (3ème partie)/ Painters’ space in cinema (3rd Part)

Le troisième type que nous proposons regroupe des films où l’espace de la prise de vue s’appuie sur les espaces matériels sur lesquels interviennent les peintres. Ces films utilisent le cadre du tableau ou des dispositifs matériels utilisés par les peintres pour réaliser leur œuvre picturale.
Tout comme pour les deux premières catégories de notre typologie, nous ne listons pas ici tous les films relevant de cette classification.

The third type that we propose groups together films where the space of the shooting is based on the material spaces on which the painters intervene. These films use the frame of the painting or material devices used by painters to create their pictorial work.
As with the first two categories of our typology, we do not list all the films in this classification here.

Français English Reference

Français

Affiche du film

Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway (1982) :

Ce film qui se déroule à la fin du XVII siècle, est découpé en 5 actes. Il raconte l’histoire de Mr Neville, un peintre et dessinateur anglais. Mr Neville est engagé par Mme Herbert pour réaliser douze dessins représentants la propriété de celle-ci. Mais comme la somme qui est proposée par Mme Herbert n’est pas assez forte pour Mr Neville, celui-ci obtient par contrat de pouvoir profiter des faveurs de la maîtresse de la propriété. Le dessinateur détermine avec la commanditaire l’emplacement d’où il accomplira les différents dessins. Mr Neville exige que les domestiques et les habitants ne troublent pas le paysage ou la demeure, souhaitant ainsi pouvoir retrouver les lieux tous les jours à la même heure, avec le même aspect et le même éclairage. Néanmoins, le peintre observe que des éléments étranges s’immiscent dans chacun de ses paysages (chemise, botte, échelle). Le peintre souhaite d’abord supprimer ces éléments avant d’accepter de les intégrer dans ses dessins.

Image du film

Le réalisateur, Peter Greenaway, également peintre, décorateur et muséographe, s’appuie sur l’usage de cadres de peinture pour plusieurs scènes du film. Il montre aussi l’utilisation d’un dispositif constitué de cadres en bois, à travers lesquels se découpent paysages et personnages. Cet appareil devait permettre au dessinateur de reproduire un paysage, une scène en se servant du rapport de proportion entre l’espace à représenter et l’espace compris dans le cadre et en s’appuyant sur un carroyage de fils tendus à angle droit l’intérieur du cadre. Ce cadre s’interpose souvent entre le spectateur et les scènes qui doivent être dessinées par le peintre. Il constitue une mise en perspective dont le film se sert largement.

Image du film

Au fur et à mesure de leur réalisation, les dessins esquissés sont montrés dans un état d’avancement plus ou moins poussé. On peut voir la main du dessinateur avec son crayon en train d’exécuter les dessins sur un papier quadrillé. Les lignes droites symbolisent la perfection et la maîtrise de la nature. Les lignes courbes et l’absence de symétrie incarnent, quant à elles, les subtilités de la nature et l’esprit humain qui ne peut pas être toujours guidé par la seule rationalité.

En réalité, ce dispositif apparaît compliqué et de peu d’intérêt. Mais il donne l’illusion que le dessinateur maîtrise une technique scientifique en même temps qu’un art. On retrouve ce dispositif dans l’affiche française du film mais aussi dans l’affiche anglaise pourtant assez différente de l’affiche française. C’est dire l’importance de ce dispositif pour le réalisateur.

Affiche anglaise du film

A côté de ce dispositif, le réalisateur utilise largement un cadrage comme ceux des tableaux. Le réalisateur évoque Caravage et Georges de La Tour, utilisant des effets d’ombre et de lumière, avec la lumière de bougies, mais aussi des cadrages et des profondeurs de champ proches de celles de tableaux. De ce point de vue, ce film peut aussi être rapproché de la première catégorie de notre typologie.

Affiche du film

Le tableau de Jean-François Laguionie (2011)
Le tableau est un film d’animation du réalisateur français Jean-François Laguionie, né en 1939. Après sa rencontre avec Paul Grimault, dont il est l’élève durant plusieurs années, Jean-François Laguionie se passionne pour le cinéma d’animation. En 1978, il reçoit la Palme d’Or du court-métrage au Festival de Cannes pour La Traversée de l’Atlantique à la rame, film d’animation réalisé avec du papier découpé. Parfois réalisateur, parfois animateur, directeur artistique, ou encore producteur, Jean-François Laguionie enchaîne les réalisations, Gwen le livre de sable, Le Château des singes, ou encore L’Ile de Black Mor.
Le tableau met en scène un château, des jardins fleuris, une forêt menaçante, qu’un peintre a commencé à représenter sur un tableau mais sans les achever pour des raisons mystérieuses. Dans ce tableau vivent trois sortes de personnages : les Toupins, les Pafinis et les Reufs (on aura aisément compris la signification de ces noms). Les premiers sont entièrement peints, les seconds n’ont que quelques couleurs et les troisièmes ne sont que des esquisses.

Les Toupins

Les Toupins se considèrent supérieurs aux autres. Ils disposent du pouvoir et ils chassent les Pafinis du château. Quant aux Reufs, devenus leurs sujets et leur souffre-douleur, ils sont pourchassés par les Toupins qui ne veulent surtout pas qu’ils puissent se rapprocher de leur château.
Ces trois groupes de personnages vivent dans des lieux différents qui symbolisent eux aussi les différences de position sociale dans la société. Celles-ci sont si fortement établis que Ramo (un Toupin) et Claire (une Pafini) sont obligés de se cacher dans l’ombre pour s’aimer.

Les Pafinis

Ramo, Claire et Lola (une autre Pafini) pensent que le peintre du tableau est le seul à pouvoir ramener l’harmonie dans cette mini-société à la condition qu’il achève le tableau. Après avoir échappé à des Toupins lancés à leur poursuite, Ramo, Lola et Plume (un Reuf) se mettent en quête de retrouver le peintre en cherchant à sortir de l’étrange forêt dans laquelle ils se trouvent. Sortis de la forêt, les trois se trouvent involontairement en dehors du cadre du tableau. Tombée du bord d’un autre tableau, Lola fait alors la connaissance des personnages sortis de cette autre peinture. Elle s’en échappe avec Magenta, le jeune soldat sorti lui aussi de ce second tableau. Elle retrouve alors Ramo et Plume. Les quatre personnages comprennent qu’ils se trouvent dans l’atelier du peintre. Ils s’interrogent sur ce qu’ils demanderont au peintre s’ils parviennent à faire sa connaissance mais espèrent aussi que le peintre parviendra à faire se retrouver Ramo et Claire.

Les Reufs

Par la magie de l’animation, les quatre personnages se retrouvent dans un autre tableau représentant Venise en plein carnaval. Mais ils ne sont pas tous ensemble et se cherchent les uns les autres. Il leur arrive diverses aventures et doivent échapper à l’image de la mort qui les pourchasse. Les quatre personnages se retrouvent sur la place Saint-Marc où ils voient des centaines de peintres copistes.

Image du film

Les quatre personnages parviennent à sortir du tableau où ils se trouvaient. Il s’agissait en fait d’un autoportrait du peintre en train de réaliser ce tableau de Venise. Les personnages profitent du pinceau de l’artiste pour s’échapper du tableau.
Le peintre est alors celui par lequel il devient possible de sortir du tableau en même temps que de son groupe social, contrairement à ce qu’affirme le chef des Toupins au début du film. Le peintre incarne la liberté de l’artiste, de la création artistique, celui grâce auquel une autre vie devient possible pour les personnages du tableau.
Les quatre personnages reviennent dans leur tableau respectif d’origine où ils y apportent des changements, reprenant ainsi le pouvoir sur leur vie, non sans quelques mésaventures.
De son côté, partie à la recherche de Ramo, Claire s’est retrouvée seule dans la forêt. Elle s’y endort et rêve à son amour. Elle est faite prisonnière par les Toupins et se retrouve enfermée dans leur château. D’autres Reufs et Pafinis, pourchassés par les Toupins, sont asservis. Ramo et Claire, à nouveau réunis mais faits prisonniers tous les deux par les Toupins, sont condamnés à mort. Ils sont prêts à mourir ensemble.

Image du film

Image du film

Le grand chandelier qui dirige les Toupins, les condamne à être entièrement peints en noir. Au dernier moment, les Pafinis, qui avaient réussi à se peindre eux-mêmes, parviennent à pénétrer dans le château et à renverser le grand chandelier. Quant à Claire et Ramo, ils se retrouvent et peuvent enfin vivre leur amour au grand jour. Lola, elle, se retrouve seule dans l’atelier du peintre. Elle parvient à en sortir et, arrivée en dehors, elle fait la connaissance du vrai peintre en train de réaliser un tableau dans la campagne. Le peintre ressemble à Monet à la fin de ses jours. Un dialogue se noue entre Lola et le peintre. Celui-ci avoue qu’il a volontairement décidé de ne pas achever son tableau, laissant ainsi aux personnages la liberté de se terminer eux-mêmes.

Le film se termine ainsi sur une note optimiste puisque les barrières sociales semblent avoir été surmontées par les groupes de personnages qu’on pensait initialement condamnés à rester ce qu’ils étaient.

Le Tableau est une peinture (au double sens du mot) d’une société inégalitaire comme il en existait dans l’Antiquité ou au Moyen-âge. La stratification sociale de cette société se retrouve dans la distinction entre es trois groupes de personnages qui sont représentés différemment. A l’intérieur du tableau, chaque groupe de personnages a une place clairement attribuée et il ne peut pas en bouger.

A l’image des régimes et des sociétés non-démocratiques, le tableau met en scène des groupes de personnages qui sont autant d’ordres de la société avec leurs codes et leurs règles dont il était impossible de sortir et de s’affranchir. Les différences de position sociale des trois groupes de personnages sont soulignées par l’usage de couleurs différentes, mais aussi d’un usage varié de la lumière.

Marc Chagall, Scène de cirque, 1958

Image du film

Le réalisateur utilise son film pour rendre hommage non seulement à la figure du peintre mais aussi à quelques-uns des peintres les plus célèbres, soulignant ainsi qu’un peintre s’inscrit toujours dans une filiation artistique et qu’il peut souvent faire des emprunts à ses prédécesseurs comme le fait aussi le réalisateur de ce film d’animation.

Ainsi, à plusieurs reprises, le réalisateur fait des emprunts à d’autres peintres célèbres comme Monet, Magritte, Picasso, Modigliani ou encore Chagall.

Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’oeuvre : Meurtre dans un jardin anglais
  • Author/Auteur : Peter Greenaway
  • Year/Année : 1982
  • Field/Domaine : Cinéma
  • Type : Drame historique
  • Edition/Production : David Payne et Peter Sainsbury
  • Language/Langue : Français
  • Geographical location/localisation géographique :
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif :
    • Location in work/localisation dans l’oeuvre : Divers
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :

Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’oeuvre : Le tableau
  • Author/Auteur : Jean-François Laguionie
  • Year/Année : 2011
  • Field/Domaine : Cinéma d’animation
  • Type : Drame
  • Edition/Production : BE-Films, Blue Spirit, uFilm
  • Language/Langue : Français
  • Geographical location/localisation géographique :
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif :
    • Location in work/localisation dans l’oeuvre : Divers
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :
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