Direction Matignon ! Un hommage à Roger Grenier/ To Matignon ! A tribute to Roger Grenier

Couverture de Paris ma grand’ville (Copyright Gallimard 2015)

L’écrivain Roger Grenier est décédé le 8 novembre 2017. Né en 1919 en Normandie, Roger Grenier vécut une partie de son enfance et de son adolescence à Pau. Mais c’est à Paris qu’il vécut pendant plus de 70 ans. De Paris, Roger Grenier donna de courtes descriptions, souvent attachantes, dans plusieurs de ses romans. Sa connaissance sensible de Paris ne se limitait pas au seul quartier de Saint-Germain-des-Près, siège de plusieurs grands éditeurs, et où il vécut l’essentiel de sa vie. Roger Grenier inséra son « sentiment géographique » dans plusieurs de ses nouvelles et romans. En 2015, il écrivit « Paris ma grand’ville » édité dans la collection Le sentiment géographique chez Gallimard.

The writer Roger Grenier died on November 8, 2017. Born in 1919 in Normandy, Roger Grenier lived part of his childhood and adolescence in Pau. But it was in Paris that he lived for more than 70 years. From Paris, Roger Grenier gave short descriptions, often endearing, in several of his novels. His sensitive knowledge of Paris was not limited to the only district of Saint-Germain-des-Près, headquarters of several major publishers, and where he lived most of his life. Roger Grenier inserted his « geographical feeling » in several of his novels. In 2015, he wrote « Paris ma grand’ville » published in the collection Le sentiment géographique chez Gallimard..

Français English Reference

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Résistant, Roger Grenier participa à la Libération de Paris. Devenu journaliste après la Libération, il fut l’ami d’Albert Camus qui le fit entrer à Combat et qui publia son premier livre en 1948. Puis il rentra à France-Soir et devint écrivain mais aussi homme de radio, scénariste pour la télévision et le cinéma. Roger Grenier reçut le Prix Femina en 1972 pour son roman Ciné-roman et le Grand Prix de littérature de l’Académie française en 1985 pour l’ensemble de son oeuvre. Il était une figure majeure de la maison d’édition Gallimard où il fut membre du comité de lecture depuis 1971 et lui-même éditeur. Roger Grenier est connu autant comme romancier que comme nouvelliste ou encore comme essayiste. Il s’est appliqué à dépeindre les cheminements parfois complexes de l’âme humaine qui se cachent derrière les apparences et les convenances sociales. Il sut aussi donner de plusieurs écrivains et artistes des portraits sensibles et attachants (Albert Camus, Pascal Pia, Anton Tchekhov, Albert Proust, Francis Scott Fitzgerald, Romain Gary, Brassaï, Claude Roy).

Mais Roger Grenier savait aussi décrire avec précision les espaces de vie des êtres dont il se proposait de narrer ou d’inventer  la vie. C’est le cas dans cet extrait de la nouvelle intitulée Matignon, extraite du recueil Brefs récits pour une longue histoire, paru en 2012 dans la Collection Blanche chez Gallimard. Dans cette courte nouvelle, on suit quelques jours de la vie d’un musicien de brasserie qui, le violoncelle sur le dos, erre à la recherche de l’amour dans Paris en pleine libération en août 1944. C’est à une véritable traversée de Paris que nous invite Roger Grenier, dont on peut aisément reconstituer l’itinéraire sur un plan de Paris datant de 1944..

Plan de Paris de 1944 (Source : Université du Texas)

« Et le voilà parti ! Direction Matignon !
Le jeune cycliste gagna l’avenue des Gobelins, laissa à sa gauche la rue Claude-Bernard et prit la rue Monge, jusqu’à Maubert. Mais là, les choses se compliquèrent. Les Allemands patrouillaient sur le boulevard Saint-Germain, avec des motos, des side-cars et même des chars. Il guetta le moment de traverser, gagna la Seine. On entendait des coups de feu. Il suivit les quais jusqu’au boulevard Saint-Michel. Il aperçut que le boulevard était hérissé de barricades. Fallait-il passer le pont et gagner le Châtelet ? Il choisit de suivre les quais jusqu’au Pont-Neuf. (…) Il s’engagea sur le pont. Henri IV, sur son cheval, était comme un dieu protecteur. Le voilà sur la Rive Droite. A l’ombre de la Samaritaine, il roula jusqu’à la rue de Rivoli. Encore un grand axe qui paraissait dangereux. Il valait mieux prendre par des petites rues. Il s’enfonça dans le quartier des Halles, qui paraissait mort. Il déboucha rue du Louvre, la traversa pour gagner la place des Victoires. Là, c’était Louis XIV qui l’attendait en majesté et, d’un doigt impérieux, semblait lui indiquer son devoir. Olivier s’engagea dans la rue des Petits-Champs. Il se félicitait d’avoir trouvé l’itinéraire idéal. La Whermacht ne venait pas par là. Le quartier était presque désert. La traversée de l’avenue de l’Opéra fut un peu plus délicate. Mais derrière, par la rue Saint-Roch, c’était de nouveau calme. Après avoir examiné la situation, il s’engagea dans la rue Saint-Honoré. Il jugea imprudent d’obliquer vers la place Vendôme et la rue de la Paix (rue de la Paix, quelle ironie !). Il préféra la rue Duphot. Mais comment éviter la Concorde, les Champs-Elysées ? Il décida de passer derrière la Madeleine, par des rues comme la rue de Surène, la rue Cambacérès, il ne savait pas tous les noms.Il suivait la rue de Penthièvre quand, à un croisement, il lut à gauche la plaque : Avenue Matignon. Il y était tombé pile. (…) Olivier descendit une première fois l’avenue , en roulant lentement. Il parvint au bout, aux Champs-Elysées. Mais pas d’hôtel.Il remonta l’avenue, la redescendit, croisant chaque fois la rue du Faubourg Saint-Honoré. Avant la guerre, les jours de fête, ses parents se payaient le luxe de présenter sur leur table un saint-honoré. Et, pour Olivier, c’était un symbole du luxe : la crème Chantilly, les boules caramélisées… Enfin il découvrit l’hôtel, pas exactement l’hôtel Matignon, mais l’Elysées-Matignon. En plus l’établissement n’était pas l’avenue, mais à l’entrée de la rue de Ponthieu. (…) Il découvrit alors une petite voie privée, longue d’une trentaine de mètres, si étroite qu’il ne l’avait pas remarquée lors de ses premiers passages. Il l’avait prise pour l’entrée d’une cour. Au fond, sur un bâtiment modeste, de deux étages, une enseigne : Hôtel Meublé. Il s’engagea dans l’allée, chercha un endroit pour attacher son vélo, ce qu il’obligea à revenir dans l’avenue. Comme il reprenait l’allée, il vit un soldat allemand sortir de l’hôtel. »(pages 41-43)

L’extrait de cette nouvelle est directement inspirée de faits réels puisque Roger Grenier était à Paris pendant la seconde guerre mondiale, période pendant laquelle il appartenait au mouvement « Ceux de la résistance.« . On peut écouter ici un entretien de Roger Grenier sur France Culture (Épisode « La Libération de Paris« ), dans lequel il fait le récit de la Libération de Paris à laquelle il participa. Dans cet entretien, Roger Grenier évoque notamment une carte de géographie en relief qu’il avait trouvée dans l’une des salles de l’Hôtel de Ville de Paris et qui était comme une table sous laquelle il s’installa pour dormir. Le jeune résistant réussit ainsi à trouver le sommeil sous cette carte pendant ces quelques jours de combats acharnés avec l’occupant, en attendant les armées alliées.

Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’œuvre : Nouvelle Matignon dans le recueil Brefs récits pour une longue histoire
  • Author/Auteur : Roger Grenier
  • Year/Année : 2012
  • Field/Domaine : Littérature
  • Type : Nouvelle
  • Edition/Production : Editions Gallimard
  • Language/Langue : Français
  • Geographical location/localisation géographique : Paris
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif :
    • Location in work/localisation dans l’œuvre : Divers
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :
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