Les terres du couchant de Julien Gracq: une géographie inversée de la menace / An Inverse Geography of the Threat

Les terres du couchant

Les terres du couchant de J. Gracq (copyright José Corti, 2014)

En 2014, les éditions José Corti ont édité Les terres du couchant, un récit inédit de Julien Gracq alias Louis Poirier (1910-2007). L’auteur avait rédigé cette œuvre entre le Le Rivage des Syrtes (1951) et Un balcon en forêt (1958). Mais il considérait qu’elle n’était pas achevée. Les 500 pages du manuscrit se trouvaient dans le fonds Julien Gracq constitué par une grande partie des manuscrits que l’auteur avait décidé de léguer à la BnF après sa disparition.

In 2014, Editions José Corti published Les terres du couchant, an unpublished story of Julien Gracq alias Louis Poirier (1910-2007). The author wrote this work between Le Rivage des Syrtes (1951) and Un balcon en forêt (1958). But he considered it as uncompleted. The 500 pages of the text were in the fund Julien Gracq, consisting mainly by manuscripts that the author had decided to bequeath to the BNF after his death.

Français English Reference

Français

C’est Bernhild Boie, éditrice des œuvres de Julien Gracq dans la Pléiade, qui a été chargée d’exercer le droit moral et le droit de divulgation sur les œuvres. En 2011, José Corti, l’éditeur historique de Julien Gracq, avait déjà publié les Manuscrits de guerre du même auteur, rédigés alors qu’il vivait comme militaire lors de l’avancée des troupes allemandes en Belgique et dans le nord de la France, avant d’être fait prisonnier. Dans sa postface à la nouvelle œuvre, Bernhild Boie précise que celle-ci « se situe à une époque la fois historique et hors de l’histoire – quelque part aux limites d’un Moyen Age barbare. Il se développe autour d’une ville assiégée aux lointaines frontières d’un Royaume finissant ».

A la suite de rumeurs d’invasion, le personnage principal qui est aussi le narrateur, quitte sa ville, Brega-Vieil, à l’extrémité occidentale du « Royaume ». Il rejoint la frontière où l’ennemi fait peser sa menace et où il se prépare à l’affronter. La première partie du récit évoque  son périple jusqu’à la forteresse de Roscharta. La deuxième partie raconte le siège de la forteresse.

Dans son récit, Julien Gracq propose de nombreuses descriptions de paysages, en multipliant les points de vue : sur la route pour se rendre à la forteresse de Roscharta, puis du haut des remparts de cette dernière. « La ville s’endormait, pesante, amarrée par les siècles aux pitons de ses roches de vigie, son poids aveugle tassé au plus creux de ce hamac avachi, dans un bruit faible de viscères satisfaits et dans la respiration assoupie des grandes chaleurs ». Le narrateur décrit ainsi ce qu’il voit depuis les remparts, « la steppe rousse » au pied de celle-ci, au loin « le lac et ses rives de paille » et à l’horizon, « pareils à un rêve de neige flotté sur un aveuglant regard bleu, les linges glacés, glorieux, éblouis » des sommets de la montagne.

De prime abord, un rapprochement du thème de cette œuvre avec Le Rivage des Syrtes est tentant. De même des similitudes peuvent être évoquées avec Un balcon en forêt, ou encore, comme on l’a souvent fait du vivant de Julien Gracq, des croisements avec Le désert des Tartares de Dino Buzatti peuvent être tentés.

Contrairement au Rivage des Syrtes, où le narrateur et toute la forteresse attendent indéfiniment la venue des troupes ennemies, les apercevant à peine au loin, l’ennemi est bien visible dans Les terres du couchant. Lors d’une grande bataille digne du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, un auteur très apprécié de Julien Gracq, l’ennemi combattu est longuement observé et décrit.

Finalement, ce récit philosophique de Julien Gracq, s’il emprunte certains des thèmes déjà connus de l’œuvre de Gracq, notamment celui de l’attente devant la menace d’un ennemi, n’en conserve pas moins une certaine originalité.

Photo

(Photo Unsplash, Pixabay, CC0 1.0 Domaine Public)

Le titre de cette œuvre interroge. Pourquoi l’auteur a-t-il utilisé le terme couchant pour désigner cette région, située aux confins d’un territoire exposé à la menace d’invasion d’un ennemi implacable ? Ne serait-ce pas pour faire deviner, dès  le titre, le destin tragique de la forteresse de Roscharta, incarnation métaphorique d’une civilisation et d’une période de l’histoire, condamnées ensemble à se « coucher », à l’image du disque solaire, à disparaître devant un avenir sombre incarné par l’ennemi. Dans cette œuvre, l’ennemi ne vient pas de l’est comme cela pouvait être le cas, en Europe, au début des années 50 lorsque Julien Gracq écrivit ce récit. Ici, la menace est située à l’occident, inversant radicalement la géographie habituelle des menaces planétaires qui a longtemps prévalu dans la seconde moitié du XXème siècle et dont le spectre est encore souvent agité.

Comme l’écrit Bernhild Boie, ce récit se situe comme « dans cette zone rêveuse où Histoire et mythe, imaginaire collectif et destins individuels s’entrelacent ».

English

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Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’œuvre : Les terres du couchant
  • Author/Auteur : Julien Gracq
  • Year/Année : 2014
  • Field/Domaine : Littérature
  • Type : Récit
  • Edition/Production : Editions Corti
  • Language/Langue : fr
  • Geographical location/localisation géographique : #Imaginary
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif :
    • Location in work/localisation dans l’oeuœvre :
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :
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