La Vie Pure (Jeremy Banster)

tumucHumac

Fig.1 : Carte de la Guyane. Exploration des Tumuc-Humac, des affluents du Maroni et de l’Oyapock par Henri Coudreau (1887-1891). Disponible sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53027786w

Jérémy Banster consacre un biopic au journaliste-explorateur Raymond Maufrais dont la vie (et la disparition) est liée au mythe (cartographique) des monts Tumuc-Humac.

Jeremy Banster realized a biopic about Raymond Maufrais, a French reporter whose life (and disappearance) is linked to the (mapping) myth of Tumuk Humak Mountains.

English Français Reference

English

In 1950, Raymond Maufrais, 23 years old, explored the Amazon forest in the direction of the legendary Tumuk Humak Mountains on the border of Guyana and Brazil. He never came back but his logbook was found in his last camp. His father, Edgar Maufrais launched 18 expeditions in 12 years to try to find him. Without success. Many books deal with these adventures ( http://www.maufrais.info/), Jeremy Banster chose to make a film released in late 2015: La Vie Pure .

The Tumuk Humak mountains appear likely in early Ninetheenth  century on the Spanish maps. In France, their popularity is linked to the explorations of military doctor Jules Crevaux (1847-1882) who was considering these mountains as an unattainable and ideal symbol of his trip to French Guyana [1] and the stories of Henry Coudreau, a geographer who pretended to have crossed « the high passes of Tumuk Humak » [2] and mapped it in 1883 (fig. 1). The geographical engineer Jean-Marcel Hurault, son of the founder of the french mapping institute (IGN), was the first to say that this map was an imposture established without measuring distances and altitude on routes that Coudreau had not really traveled [3] . Thus, from the 50s, aerial photographs show the not a real mountain – but rather an alignment of inselbergs rarely exceeding 1000 m [4]. Yet they appear on IGN base map into the 60s.

To illustrate these adventures, Jeremy Banster mobilizes maps at different stages of history. Thus, the school atlas with Guyana map illustrates at the 7th minute of the movie the passion of young Maufrais for these intriguing Mont Tumuk Humak (Fig. 2).

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Fig. 2 : l’atlas du jeune Maufrais corné sur la page dédiée à la Guyane

Later, during his trip preparation at Cayenne, Raymond Maufrais is learning the Amerindian dialects and consulting the IGN maps that can be seen on the screen (Fig. 3 and 4) . Raymond Maufrais evokes these preparations in his notebook :  » August 15th (… ) Fever . I work hard on my Oyampis Roucouyennes dialects. Mapping … When I think I did not like math … My running angles are calculated already ! ; it’s nice on paper! « [5 : p.36 ] .

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Fig. 3 : A Cayenne, préparation de l’expédition

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Fig. 4 : Consultation des cartes IGN avant le départ

The maps are also there to show – remotely from Toulon where his parents live – the world of the disappeared son: several sequences are shot in his room decorated with Amazonian objects from a previous trip to Brazil and with maps of south American continent. This room is the setting chosen for addressing the worry of the father (Fig. 5 ), but also the mother who will gradually lose reason.

Finally, from the movie start the logbook as the map found on his last bivouac is the unique relationship between father and son (Fig. 6). This link map mobilized from the opening credits (3rd minute) responds directly to the book published from the log [5] : it opens with a map trying to trace its route… and completing with a « ?  » …

Today, Tumuk Humak disappeared as relief but the place names still appears on some yet published paper charts.

Français

En 1950, Raymond Maufrais a 23 ans lorsqu’il se lance seul dans la forêt amazonienne en direction des légendaires monts Tumuc-Humac aux confins de la Guyane et du Brésil. On ne le reverra plus mais son carnet de bord sera retrouvé à son dernier bivouac au bout du sentier des Emerillons. Son père, Edgard Maufrais lancera alors 18 expéditions en 12 ans pour tenter de le retrouver. En vain. Ces aventures ont donné lieu à de multiples ouvrages (http://www.maufrais.info/), Jérémy Banster a choisi d’en faire un film sorti fin 2015 : La Vie Pure.

Les Monts Tumuc-Humac apparaissent vraisemblablement dès le début du XIXe sur les cartes espagnoles. En France, leur popularité est liée aux explorations du médecin militaire Jules Crevaux (1847-1882) pour qui ils constituent un idéal inaccessible, symbole de son voyage en Guyane [1], puis aux récits du géographe Henri Coudreau qui ira jusqu’à prétendre avoir franchi les « hauts cols des Tumuc-Humac » [2] et en dressera la carte en 1883 (fig. 1). L’ingénieur géographe Jean-Marcel Hurault, fils du fondateur de l’IGN, sera le premier à affirmer que cette carte constituait une imposture, établie sans respecter les distances et les altitudes sur des itinéraires que Coudreau n’avait pas réellement parcourus [3]. Ainsi, à partir des années 50, les photographies aériennes révèlent l’inexistence d’une réelle chaine de montagne – mais plutôt un alignement d’inselbergs dépassant rarement les 1000 m [4]. Pourtant, elles apparaissent sur le fond de carte de l’IGN jusque dans les années 60.

Pour illustrer ces aventures, Jérémy Banster mobilise les cartes aux différentes étapes de l’histoire. Ainsi, l’atlas scolaire corné à la page de la Guyane évoque dès la 7e minute du film la passion du jeune Maufrais pour ces intrigants Mont Tumuc-Humac (fig. 2).

Plus tard, la préparation du voyage à Cayenne se fait en apprenant les dialectes amérindiens et en consultant les cartes IGN qu’on aperçoit à l’écran (fig. 3 et 4). Raymond Maufrais évoque ces préparatifs dans son carnet : « 15 août (…) Fièvre. Je travaille dur mes dialectes Oyampis et Roucouyennes. Cartographie !… Et moi qui n’aimais pas les math… Mes angles de marche sont déjà calculés ; c’est joli sur le papier ! » [5 : p.36].

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Fig. 4 (bis) : consultation des cartes IGN avant le départ

Les cartes sont aussi là pour évoquer – à distance, depuis Toulon où ses parents résident – l’univers du fils disparu : plusieurs séquences sont tournées dans sa chambre, décorée d’objets amazoniens issus d’un précédent voyage au Brésil et de cartes du continent sud-américain. La chambre sert alors de décor pour aborder l’inquiétude de son père (fig. 5) mais aussi de sa mère qui perdra peu à peu la raison.

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Fig. 5 : Les cartes au mur de la chambre délaissée d’un Maufrais porté disparu

Enfin, le journal et la carte retrouvés à son dernier bivouac constituent les liens uniques entre le père et le fils (fig. 6). Ce lien par la carte mobilisée dès le générique d’ouverture (3e minute) fait directement écho au livre publié après sa disparition [5] : sa préface propose une carte cherchant à retracer son itinéraire… et s’achevant pas un « ? »…

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Fig. 6 : Générique d’ouverture avec les mains du père sur la carte du fils

Aujourd’hui, les Tumuc-Humac ont disparu en tant que relief mais le toponyme figure toujours sur quelques cartes papiers encore éditées.

[1] Jules CREVAUX. Le mendiant de l’Eldorado. De Cayenne aux Andes (1876-1879). Paris. Ed. Phébus. 1987.

[2] Henri COUDREAU. « Aperçu général sur les Tumuc-Humac » in Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1893.

[3] Jean-Marcel HERAULT. « Une chaine de montagnes imaginaires : les Tumuc-Humac » in Revue Française Histoire Outre-Mer. t. LX n°219, 1973, pp. 254-267.

[4] Emmanuel LEZY. Guyane, Guyanes. Une géographie sauvage de l’Orénoque à l’Amazone. Ed. Belin, coll. Mappemonde. 2000.

[5] Raymond MAUFRAIS, Aventures en Guyane. Journal d’un explorateur disparu. Ed. Julliard. 1952

Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’œuvre : La Vie Pure
  • Author/Auteur : Jeremy Banster
  • Year/Année : 2015
  • Field/Domaine : Cinema
  • Type : Biography, Adventure / Biographie, Aventure
  • Edition/Production : Cantina Studio
  • Language/Langue : Fr
  • Geographical location/localisation géographique :#Guyane #Cayenne #StLaurentduMaroni #Toulon
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif : Map / Carte
    • Location in work/localisation dans l’œuvre : 3′, 7′, 12′, 32′
    • Geographical location/localisation géographique : Guyane
    • Remarks/Notes :

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