Skyfall. James Bond. Power and Map / Carte et puissance

Sébastien Caquard already pointed out here that James Bond used a geographic tracking device as early as in 1964 (Goldfinger). At that time, the idea of GPS technology was just emerging. At (e)space & fiction, we couldn’t keep ourselves from reacting to the debauchery of geospatial tools used in Skyfall, the latest James Bond movie, directed by Sam Mendes (American Beauty, Revolutionary Road). An initial, superficial approach shows this new episode as another proof of  complete domination of geospatial technologies upon Action Movies. So James Bond and Jack Bauer, same difference ? This idea deserves further examination.

Sébastien Caquard a déjà fait remarquer dans ces colonnes que James Bond mettait en œuvre dès 1964 dans Goldfinger le traçage géographique à distance alors que l’idée de la technologie du GPS était à peine naissante. A (e)space & fiction, on ne pouvait donc rester sans réagir devant la débauche de dispositifs spatiaux dans Skyfall, le dernier James Bond, réalisé par Sam Mendes (American Beauty, Noces rebelles). Une première vision superficielle laisse à penser que ce nouvel épisode de 007 ne fait qu’entériner à son tour la domination complète des techniques géonumériques sur le film d’action. Alors, James Bond et Jack Bauer, même combat ? Cela mérite examen.

English Français Reference
English

Attention, the following text contains spoilers!

Skyfall asserts itself as a crepuscular James Bond movie, portraying the secret agent as a tired, ageing and (symbolically) impotent hero returning from the realm of the dead. Skyfall is also, presumably, the James Bond movie with the highest number of mapping and geolocation devices. The MI6 uses these techniques during the intervention into Raoul Silva’s HQ (incidentally shot in the stunning island of Hashima, Japan). With these techniques, Bond tracks Silva (Javier Bardem, in a remarkable composition of a perverse manipulator, one of the most disturbing villains 007 had to fight). Bond also uses geolocation techniques in order to bring Silva to the site of the final confrontation. Tracking systems are omnipresent in the film. The long 24-like sequence, in which the new Q, a spotty nerd, guides Bond through London with an enormous video-projected map of the city, can be seen as a sign that geospatial technologies are taking control of the film. At this moment, the secret agent seems to become a passably outdated and ridiculous instrument of a technical system that has ejected him from the narrative and also from modernity.

In fact, technology has not to be taken literally in the movie. Geospatial technologies do not work properly. When nowadays every smartphone has a GPS, 007 Agent seems to be extremely proud of the small radio that the MI6 uses to track him, but this gadget is not exactly new. It has been around since Goldfinger, in other words before time began. One also understands that Silva has organized everything to make sure the MI6 will find out his position. As for the map of London, it is as useless as redundant. Q localizes Bond in the subway instead of Silva, and 007 eventually points out sarcastically that he perfectly knows where he is, but that the real target is Silva. Finally, Bond leads Silva to Skyfall, by intentionally giving him access to his location. Geospatial technologies appear to be as faulty and unreliable as Bond was at the beginning of the movie. Technology can be as dangerous as a double agent.

We are not in TV series like 24 or Alias. James Bond is neither Sidney Bristow nor Jack Bauer. Like the first, he travels around the world, visiting some breathtaking landscapes from Istanbul to Shanghai, but he does not have the wandering lightness of Sidney. He is not deeply rooted in his place, and he does not endure the same profound despair as Bauer. Unlike Jack, James still believes in a possible resurrection. This resurrection will take place in the territory of his childhood, in a setting similar to a cross-over between the Famous-Five lost in the moors of Baskerville, with all the equipment: manor, marshes, underground tunnel and chapel, while the film switches to a sort of Rio Bravo crossbred with Call of Duty.

Once Bond’s childish regression has been completed and the fate of Mother accomplished, James Bond recovers his mental and professional health on his favorite ground: Action. Beyond geospatial technology, that is actually what is at stake in the film – and finally also in geography: returning to the field, seeking a direct contact with reality and taking the power for real. Finally, the moral conclusion of this original movie is deceptively retrograde and outdated. Sending the young Q and Eve back to their offices, Bond marks his territory: field and action are supposed to be the prerogative of mature white males.

Français

Attention, ce qui suit dévoile des éléments clés du récit.

Skyfall s’assume comme un James Bond crépusculaire qui met en scène un agent secret revenu du pays des morts, vieillissant et las, un héros devenu (symboliquement) impuissant – Bayon titre joliment sa critique de Skyfall dans Libération Eloge de la déBondade. C’est en même temps, vraisemblablement, le film dans la série des James Bond dans lequel la cartographie et les dispositifs de géolocalisation sont les plus utilisés. Ce sont ces techniques qui permettent l’intervention du MI6 dans le QG de Raoul Silva (au passage tourné dans l’étonnante île de Hashima au Japon). C’est avec ces techniques que Bond piste Silva (Javier Bardem, dans une remarquable composition de pervers manipulateur, un des méchants parmi les plus inquiétants qu’a combattu 007). Ce sont aussi ces techniques qui amèneront Silva sur le lieu de la confrontation finale. Les systèmes de traçage sont omniprésents dans le film et la longue séquence que l’on dirait tirée de 24h chrono, dans laquelle le nouveau Q, un nerd boutonneux, guide Bond dans Londres grâce à une gigantesque carte de Londres vidéoprojetée, apparaît comme le signe de la prise de contrôle du film par ces technologies. A ce moment, l’agent secret ne semble plus que l’instrument obsolète et un peu dérisoire d’un système technique qui l’a éjecté de la fiction en même temps que de la modernité.

Pourtant même dans ce domaine, le film est au deuxième degré et la technologie spatiale s’avère de fait peu efficace. A l’heure où tous les smartphone sont équipés d’un GPS, 007 arbore tout fiérot la radio qui a permis au MI6 de le retrouver, gadget qui date à peu près du temps de Goldfinger, autant dire de Mathusalem. On comprend d’ailleurs que Silva a tout manigancé pour être découvert. Quant à la carte de Londres, elle s’avère aussi inutile que redondante. C’est Bond que Q localise dans le métro à la place de Silva et 007 finit par lui faire ironiquement remarquer que lui-même sait parfaitement où il se trouve et que c’est sa proie qu’il faut pister… Finalement si c’est bien par la géolocalisation que Bond conduit Silva à Skyfall, c’est en se laissant volontairement géolocaliser par lui. En définitive la technologie géospatiale s’avère donc aussi défaillante et peu fiable que l’est Bond au début du film.Elle est aussi retournable qu’un agent double.

Nous ne sommes pas dans 24 ni dans Alias et les technologies géonumériques jouent dans Skyfall un rôle très différent de celui qu’elles jouent dans ces deux séries TV. James Bond n’est ni Sidney Bristow ni Jack Bauer. S’il voyage à travers le monde comme la première, visitant des paysages à couper le souffle, d’Istanbul à Shanghai, il n’a pas la légèreté vagabonde de l’héroïne d’Alias. Et il n’a rien non plus de l’enracinement et du lourd désespoir qui plombent le second. Contrairement à Jack, James croit encore en une possible résurrection. Celle-ci viendra d’un retour sur le territoire de son enfance dans un décor de Club des cinq égaré dans la lande des Baskerville, avec tout l’équipement nécessaire : manoir,marais, souterrain et chapelle, tandis que le film bascule dans un Rio Bravo mâtiné de Call of Duty.

Une fois effectuée cette régression enfantine et consommé le destin de Maman, James Bond se sera reconstruit une santé mentale et professionnelle sur son terrain favori, celui de l’action. Car c’est bien cela qui est en jeu dans le film – et dans la géographie aussi finalement : au-delà de la technologie géospatiale, revenir au terrain, chercher le contact direct avec la réalité et le pouvoir qu’on y exerce pour de vrai. Et la morale de ce film original est sur ce point désespérément rétrograde et, pour le coup, vraiment obsolète. Renvoyant les jeunes Q et Eve à leur bureau, 007 marque bien son territoire : le terrain et l’action sont voués à la domination des mâles d’âge mûr à la peau blanche.

Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’œuvre : Skyfall
  • Author/Auteur : Sam Mendes
  • Year/Année : 2012
  • Field/Domaine : Cinema
  • Type : Action
  • Edition/Production : MGM
  • Language/Langue : en, fr, oth.
  • Geographical location/localisation géographique : many different real and fictionnal places (see wikipedia to get an indicative list)
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif : Map, GIS, GPS
    • Location in work/localisation dans l’œuvre : several moments
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :

 

5 réflexions sur “Skyfall. James Bond. Power and Map / Carte et puissance

  1. Pingback: L’île d’Hashima est visible sur GoogleStreetView/ Hishima island is visible on GoogleStreetView | (e)space & fiction

  2. Merci pour ce billet, toujours pertinent et enthousiasmant. Juste une petite remarque complémentaire qui m’a frappé quand j’ai vu le film, le choix des couleurs dans l’épisode avec Q et la carte interactive. C’est vraiment face à un réseau neuronal ou sanguin que l’on est. Ce qui est en droite ligne avec le côté régressif du personnage.

  3. Merci Thierry pour ce billet. Je partage largement l’analyse proposée et les références à d’autres œuvres cinématographiques qui mobilisent les technologies géospatiales. Autant dans les précédents James Bond, on pouvait se dire que les dispositifs techniques de géolocalisation tenaient de la catégorie du « gadget futuriste », autant dans Skyfall (et avec les années passées) ces dispositifs se sont généralisés au point qu’on pourrait se demander, aujourd’hui, si James Bond pourrait exister sans recourir massivement à la géolocalisation.
    Au fur et à mesure des épisodes de James Bond qui s’échelonnent sur 50 ans, la géolocalisation est peut-être en train de changer de statut : ce n’est plus une technologie que le héros mobilise pour accéder à une information supplémentaire au service de l’action, mais une « prolongation incontournable » de l’être humain dans une société « cherchant à sécuriser et à optimiser son existence par une maîtrise de l’avenir qui modifie progressivement nos rapports historiques à l’espace, au temps, et aux autres » (cf. « La Société de l’anticipation » d’Éric Sadin aux Editions Inculte http://www.inculte.fr/La-Societe-de-l-anticipation).

    • Je pense que tu as raison. Le film ne fait que prendre acte que les technologies futuristes de James Bond sont maintenant banalisées. Ce ne sont plus des nouvelles technologies. Comme l’écrit Xavier de la Porte Skyfall vise à nous rassurer tous, inquiets que nous sommes devant « de nouvelles manières de faire, de nouveaux outils, de nouveaux usages ». Mais la régression dans l’enfance n’est certainement pas une solution. De plus le film est contraint par le contrat narratif et économique. Pour que la « licence » fonctionne, Bond doit rester égal à lui-même. Et cela ce n’est certainement pas possible. L’individu et la société de ces technologies ne peuvent rester les mêmes.

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